Le citron

Le citron

(02-04-2025 English version follows the french)

Les paramédics offrent un service essentiel au Québec. Alors, même lorsqu’ils votent en faveur de moyens de pression, ils ne sont pas en grève — pas au sens traditionnel du terme. Ils ne cessent pas de desservir la population.

En fait, comme toute tactique de pression doit être soumise au Tribunal administratif du travail, on pourrait même dire que le système de soins préhospitaliers d’urgence est parfois en meilleure posture durant un conflit de travail, puisque chaque action est analysée et approuvée au préalable. Contrairement au chaos non planifié qui règne au quotidien dans le réseau à cause du manque de ressources et des conditions de travail éprouvantes pour le personnel de première ligne.

Dans un conflit de travail de type administratif, le théâtre de rue et l’art de la métaphore prennent souvent le devant de la scène. Cette année, c’est le citron qui vole la vedette. Des affiches collées sur les ambulances montrent un citron coincé dans un étau ou une main. Des manifestations devant les entreprises ambulancières et les bureaux de politiciens ont mis en vedette des ballons jaunes et des paniers de vrais citrons.

Combien de jus peut-on encore tirer du même citron? C’est LA question du moment.

J’ai demandé à des paramédics pourquoi ce symbole résonne autant pour eux.

« Ça fait des années qu’on vit sous une pression constante. Chaque jour, c’est des horaires de fou, des délais d’attente interminables, pis une charge de travail qui arrête pas d’augmenter. Pis malgré tout ça, comme la population qu’on sert, on est pas mal impuissants face à la situation. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, mais à un moment donné, y’a pu rien à presser dans le citron — pis ça a des conséquences. »

« C’est pour ça que notre slogan en négo, "La solution, c’est pas de presser le citron", pogne autant. C’est un cri du cœur. On peut pas continuer à donner un service de qualité avec si peu de moyens pis dans des conditions aussi rough. Presser le citron, ça veut dire épuiser les paramédics — même les plus dévoués finissent par être à boutte, pis ça nuit à la qualité des soins pis à l’humanité de nos interventions. »

« C’est symbolique, mais c’est puissant : on leur envoie des citrons pressés pour leur faire comprendre qu’on est arrivés au bout. C’est le temps que ça change. On a besoin de reconnaissance, de soutien, pis de ressources pour pouvoir continuer à faire notre job comme du monde, sans y laisser notre peau. Les citrons pressés, faut que ça arrête d’être notre quotidien. Il est temps qu’ils deviennent un appel clair à l’action. »

Des citrons, des pantalons de camo, pis un système de soins préhospitaliers d’urgence en mode crise permanente. À un moment donné, va falloir que quelqu’un avec du vrai leadership pis un peu d’imagination se lève pour repenser comment on assure l’accès aux soins paramédicaux à travers le Québec — de façon logique, cohérente, pis qui a du sens autant pour les patients que pour ceux et celles qui doivent en prendre soin.


Lemons

(02-04-2025)

Paramedics provide an essential service in Quebec. So even when they vote in favour of pressure tactics, they’re not technically on strike — at least not in the traditional sense. They don’t stop serving the public.

In fact, because all pressure tactics have to be approved by the Administrative Labour Tribunal, you could argue that the emergency prehospital care system is sometimes in better shape during a labour dispute, since every action is carefully reviewed and authorized ahead of time. That’s in stark contrast to the day-to-day chaos that reigns in the system due to chronic understaffing and the relentless strain on frontline workers.

In an administrative labour dispute, street theatre and symbolic messaging often take centre stage. This year, the spotlight is on the lemon. Posters stuck on ambulances show a lemon caught in a vice or being squeezed by hand. Demonstrations outside ambulance company offices and politicians’ offices have featured yellow balloons and baskets full of real lemons.

How much more juice can you squeeze from the same lemon? That’s the question right now.

I asked a few paramedics why this symbol hits home so strongly.

“We’ve been under constant pressure for years. Every day it’s insane schedules, endless wait times, and a workload that just keeps growing. And despite all that, like the people we serve, we’re pretty powerless to change the situation. We do what we can with what we’ve got, but at some point, there’s nothing left to squeeze — and that has real consequences.”
“That’s why our bargaining slogan, ‘The solution isn’t to keep squeezing the lemon,’ resonates so much. It’s a cry from the heart. We can’t keep providing quality care with so few resources and such rough working conditions. Squeezing the lemon means burning out paramedics — even the most dedicated ones eventually hit a wall, and that affects the quality of care and the humanity we bring to our calls.”
“It’s symbolic, but it’s powerful: we’re sending them squeezed lemons to make it clear we’re at the limit. It’s time for change. We need recognition, support, and resources so we can keep doing the job properly — without sacrificing ourselves in the process. Squeezed lemons shouldn’t be our daily reality. It’s time they became a clear call to action.”

Lemons. Camo pants. And a prehospital emergency care system stuck in a permanent state of crisis. At some point, someone with real leadership — and a bit of imagination — needs to step up and rethink how we provide access to paramedic care across Quebec. In a way that’s logical, consistent, and makes sense for both the patients and the professionals who are there to care for them.